TRAVAUX EN COURS

Synthèse du sens le plus général du travail conduit dans la durée : élucider les questions des juristes (y compris celles qu'ils ne se posent pas et préfèrent peut-être ne pas se poser) à la fois par la réflexion de leurs pratiques professionnelles différenciées et l'élucidation des jeux de formes tendant à la véridiction qu'elles supposent, et par le recours aux disciplines humaines du philosophe, du théologien et de l’historien, dans l’éclaircie herméneutique des humanités et en particulier de l’ars oratoria.

Stéphane Rials achève actuellement plusieurs ouvrages auxquels il travaille de front depuis de longues années. Ainsi : La Vérité du droit, t. 1 et 2 (PUF, coll. « Léviathan »). Le premier volume reprend de façon beaucoup plus approfondie les thèmes sur lesquels il réfléchit et conduit des recherches sans discontinuer depuis son long article Veritas Iuris, publié dans la revue Droits il y a une dizaine d'années. Le second, strict prolongement de l'essai d'une histoire des jeux de formes générateurs de vérité chez les juristes modernes entamé dans le précédent, porte sur la vérité du bref mis en ordre dans la culture des juristes du XVIIe siècle : il a en particulier consacré à ce thème un long cours de doctorat dans le D.EA. de Philosophie du droit intitulé "Forme brève, écriture fragmentaire et droit de Lipse à Bouhours. Autour de Loisel et de sa réception"; ce travail particulier avait été l'un de ceux présentés à l'automne de 2004 à l'appui de la candidature de Stéphane Rials comme membre de l'Institut universitaire de France.

Le même achève encore : Hobbes, droit de nature et interprétation (PUF, coll. « Léviathan »), dont une première idée a été donnée dans le récent Oppressions et résistances. Ainsi que le suggère le titre - et pour parler à gros traits -, il s'agit de montrer non seulement que la grande question oubliée des Modernes, celle de l'interprétation - perdue du fait de certains aspects des jeux nouveaux de la vérité du texte écrit authentique d'une part et de la vérité comprise comme évidence et certitude d'autre part -, tient une place centrale dans la doctrine hobbesienne, mais encore, par-delà les développements techniques, plus familiers aux juristes, que Hobbes consacre à la question, la façon dont la question de l'interprétation, dans son système, s'inscrit dans la plus étroite dépendance de la philosophie première. C'est en comprenant la nature du droit de nature chez Hobbes que l'on se met à même de comprendre la façon dont il se déploie d'abord comme interprétation, dont il semble, en quelque façon, le nom du procès même d'autointerprétation qui se trouve au cœur du jeu même des corps.

Stéphane Rials a d'ailleurs consacré son cours de 2007-2008 à la question difficile de l'articulation de la philosophie du langage et de la philosophie première chez Hobbes. Son cours de 2008-2009 propose une lecture d'ensemble du Second discours de Jean-Jacques Rousseau.

A la suite notamment de plusieurs conférences prononcées dans le cadre de Dogma en 2008, le même est très avancé dans la rédaction de Contre la nature. Critique de l’impensé philosophique des juristes contemporains. Il y sera suggéré que les théoriciens du droit contemporains se réclament de Hume (la "loi de Hume"...) sans l'avoir suffisamment médité, et qu'ils ne songent guère à Fichte alors qu'une forme, certes assez particulière, de fichtéisme se trouve au cœur du mouvement le plus contemporain de la légalité. En creux, l'on pourra voir dans ce texte une forme de plaidoyer pour ce que l'auteur appelle un "naturalisme réfléchi", éloigné certes de tout dogmatisme et invitant à une nouvelle considération pour la dialectique.

Stéphane Rials doit publier encore un gros recueil d'articles plus ou moins anciens qu'il finira par se résigner à laisser paraître sans aucune correction sérieuse : Destin du constitutionnalisme (PUF, coll. « Léviathan »).

Le même a beaucoup avancé dans les recherches et la construction d'un essai sur le thème Terreur et droit (PUF, hors collection). Il s'agit d'un ouvrage, combinant un travail empirique dans les archives et une construction théorique plus ambitieuse, dont il a donné une première idée dans un article intitulé "L'invention d'un droit pénitentiaire pour les innocents dans un pays civilisé (an III)" (revue Droits, 2008, n° 47). Le propos du livre est d'essayer de répondre à une question troublante : pourquoi, en dépit de ce qu'on lit parfois, semble-t-il difficile de comparer au-delà d'un certain point la Terreur dans la France de la fin du XVIIIe siècle avec les grandes terreurs du XXe siècle ? Ou encore: quel ingrédient manquait-il au XVIIIe, ou bien quel ingrédient faisait-il défaut au XXe qui permettrait d'expliquer la profonde différence des épisodes réunis sous un même terme ?

Stéphane Rials a aussi beaucoup travaillé depuis de longues années sur un livre fleuve pour les éditions Fayard, intitulé à cette heure Des guerres saintes en Occident. Cette recherche d'histoire de la pensée religieuse juive et chrétienne dans la très longue durée est actuellement à peu près au point mort. Il s'agit de comprendre comment le pacifisme chrétien a pu admettre, non seulement une doctrine de la guerre juste, mais une doctrine envisageant - ce qui est tout autre chose - que la guerre justifie. Chemin faisant, une critique du "Pro Patria mori" d'Ernst Kantorowicz est suggérée.

Le même doit trouver un peu de temps pour boucler l'édition (accompagnée de deux essais à peu près achevés sur « La formation du juriste classique » et « La bibliothèque de Camus et Dupin et le livre juridique aux âges humaniste et moderne ») des deux volumes de La Profession d’avocat de Dupin (Presses de l’Université Paris II).

De façon générale, il poursuit avec régularité ses études sur les juristes. Il publiera notamment au printemps 2009, dans la Revue d'histoire des Facultés, un gros article sur la création par la IIIe République du modèle institutionnel "immémorial" d'Université auquel les universitaires étaient si attachés et qui est désormais en voie d'anéantissement rapide. Il développe plus particulièrement ses travaux - avec plusieurs publications dans Droits depuis la deuxième livraison pour 2008 - sur le rôle des robins de l'ancienne France dans l'élaboration de divers aspects d'une "exception française" éclose à partir de ce qu'il appelle la "transaction française 1600", la "synthèse gallicane", une constitution nationale, un catholicisme national, une certaine compréhension du droit divin, un "droit français", une langue nationale bonne à toutes les plus hautes disciplines, une science particulière de l'Etat et du droit, toutes parties d'une totalité spirituelle singulière qui mérite d'être appelée, au-delà de tous les aspects techniques, gallicanisme.

Il ne néglige pas davantage l'étude des sociétés robines anciennes sur lesquelles il continue d'accumuler de nombreux matériaux - en particulier sur les fortunes, les alliances et les bibliothèques et autres collections. Il poursuit notamment des recherches dans les dépôts d'archives sur le conseiller parisien de Grand'Chambre Bourgevin de Vialart de Saint-Morys - plus grand collectionneur de dessins de son temps. Il a en revanche momentanément renoncé à faire aboutir à brève échéance sa grande enquête - à laquelle il avait notamment consacré un cours en 2004-2005 et sur laquelle il continue à accumuler méthodiquement les matériaux - sur la signification des rapports conflictuels entre les parlementaires et les pairs pour l'intelligence des évolutions constitutionnelles à partir du règne personnel de Louis XIV.

Il consacre autant de temps qu'il le peut, en particulier pendant les mois d'été, à l'histoire du jardin en Europe occidentale de 1450 à 1850, surtout à celle du deuxième moment du jardin paysager pittoresque en Angleterre à la fin du XVIIIe et au tout début du XIXe.Il a réuni et continue de réunir une importante documentation sur ce thème, notamment sur l'évolution du style de Humphry Repton et sur les constructions doctrinales de Richard Payne Knight et Uvedale Price (la photo ci-avant représente une réalisation du premier Repton; la photo ci-après la transformation suggérée par Knight). Il a commencé aussi, dans le cadre du même chantier, à prendre des notes sur les vues jardinières et éthiques de Jane Austen.

L'âge ayant beaucoup accru son intérêt pour les éthiques d'Aristote (dont la lecture systématique, à partir du texte original dont il a retraduit plusieurs passages à l'usage des étudiants, avec celle de l'œuvre de Hume aussi, a contribué à notablement infléchir ses vues morales depuis le début du millénaire), il lui a consacré des enseignements et a prononcé deux conférences à son propos. Il projette de lui consacrer un livre de leçons. Il l'évoquera bien entendu dans le cours de Philosophie morale créé à son intention par le professeur Alland, directeur du master de Philosophie du droit et de Droit politique à partir de la rentrée de 2009.